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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, II.djvu/308

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BALLADE SAPPHO

Ma douce main de maîtresse et d’amant
Passe et rit sur ta chère chair en fête,
Rit et jouit de ton jouissement.
Pour la servir tu sais bien qu’elle est faite.
Et ton beau corps faut que je le dévête
Pour l’enivrer sans fin d’un art nouveau
Toujours dans la caresse toujours poète.
Je suis pareil à la grande Sappho.

Laisse ma tête errant et s’abîmant
À l’aventure, un peu farouche, en quête
D’ombre et d’odeur et d’un travail charmant
Vers les saveurs de ta gloire secrète.
Laisse rôder l’âme de ton poète
Partout par là, champ ou bois, mont ou vau,
Comme tu veux et si je le souhaite.
Je suis pareil à la grande Sappho.