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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, II.djvu/27

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amour


Il fait un de ces temps ainsi que je les aime,
Ni brume ni soleil ! le soleil deviné,
Pressenti, du brouillard mourant dansant à même
Le ciel très haut qui tourne et fuit, rose de crème ;
L’atmosphère est de perle et la mer d’or fané.


De la tour protestante il part un chant de cloche,
Puis deux et trois et quatre, et puis huit à la fois,
Instinctive harmonie allant de proche en proche,
Enthousiasme, joie, appel, douleur, reproche,
Avec de l’or, du bronze et du feu dans la voix ;


Bruit immense et bien doux que le long bois écoute !
La musique n’est pas plus belle. Cela vient
Lentement sur la mer qui chante et frémit toute,
Comme sous une armée au pas sonne une route
Dans l’écho qu’un combat d’avant-garde retient.


La sonnerie est morte. Une rouge traînée
De grands sanglots palpite et s’éteint sur la mer,
L’éclair froid d’un couchant de la nouvelle année
Ensanglante là-bas la ville couronnée
De nuit tombante, et vibre à l’ouest encore clair.


Le soir se fonce. Il fait glacial. L’estacade
Frissonne et le ressac a gémi dans son bois
Chanteur, puis est tombé lourdement en cascade