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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, II.djvu/24

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amour


Race de théâtre et de boutique dont les vices
Eux-mêmes, avec leur odeur rance et renfermée,
Lèveraient le cœur à des sauvages leurs complices,
Race de trottoir, race d’égout et de fumée !

Enfin un sot, un infatué de ce temps bête
(Dont l’esprit au fond consiste à boire de la bière)
Et par-dessus tout une folle tête inquiète,
Un cœur à tous vents, vraiment mais vilement sincère.

Mais sans doute, et moi j’inclinerais fort à le croire,
Dans quelque coin bien discret et sûr de ce cœur même,
Il avait gardé comme qui dirait la mémoire
D’avoir été ces petits enfants que Jésus aime.

Avait-il, — et c’est vraiment plus vrai que vraisemblable,
Conservé dans le sanctuaire de sa cervelle
Votre nom, Marie, et votre titre vénérable,
Comme un mauvais prêtre ornerait encor sa chapelle ?

Ou tout bonnement peut-être qu’il était encore,
Malgré tout son vice et tout son crime et tout le reste,
Cet homme très simple qu’au moins sa candeur décore
En comparaison d’un monde autour que Dieu déteste.

Toujours est-il que ce grand pécheur eut des conduites
Folles à ce point d’en devenir trop maladroites
Si bien que les tribunaux s’en mirent, — et les suites !
Et le voyez-vous dans la plus étroite des boîtes ?