Ouvrir le menu principal

Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, II.djvu/215

Cette page a été validée par deux contributeurs.
205
bonheur


S’il survit, il reprend le train de tous les jours,
Élève ses enfants dans la crainte du dieu
Des ancêtres et va refleurir ses amours
Aux flancs de l'épousée éprise du fier jeu.
 
L’âge mûr est celui des sévères pensées,
Des espoirs soucieux, des amitiés jalouses,
C’est l’heure aussi des justes haines amassées,
Et quand sur la place publique, habits et blouses,

Les citoyens discords dans d’honnêtes combats
(Et combien douloureux à leur fraternité !)
S’arrachent les devoirs et les droits, ô non pas
Pour le lucre, mais pour une stricte équité,

II prend parti, pleurant de tuer, mais terrible
Et tuant sans merci, comme en d’autres batailles,
Le sang autour de lui giclant comme d’un crible,
Une atroce fureur, pourtant sainte, aux entrailles.
 
Tué, son nom, célèbre ou non, reste honoré.
Proscrit ou non, il meurt heureux, dans tous les cas,
D’avoir voué sa vie et tout au Lieu Sacré
Qui le fit homme et tout, de joyeux petit gas.

Sa veuve et ses petits garderont sa mémoire,
La terre sera douce à cet enfant fidèle
Où le vent pur de la Patrie, en plis de gloire,
Frissonnera comme un drapeau tout fleurant d’elle.