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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, II.djvu/202

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bonheur


C’est de paraître doux et ferme pour autrui
Conformément à ce qu’on se rend envers lui.

La prière nous sauve après nous faire vivre,
Elle est le gage sûr et le mot qui délivre

Elle est l’ange et la dame, elle est la grande sœur
Pleine d’amour sévère et de forte douceur.

La prière a des pieds légers comme des ailes ;
Et des ailes pour que ses pieds volent comme elles ;

La prière est sagace ; elle pense, elle voit,
Scrute, interroge, doute, examine, enfin croit.
 
Elle ne peut nier, étant par excellence
La crainte salutaire et l’effort en silence.

Elle est universelle et sanglante ou sourit,
Vole avec le génie et court avec l’esprit.

Elle est ésotérique ou bégaie, enfantine
Sa langue est indifféremment grecque ou latine,

Ou vulgaire, ou patoise, argotique s’il faut !
Car souvent plus elle est bas, mieux elle vaut.

Je me dis tout cela, je voudrais bien le faire,
Seigneur, donnez-moi de m’élever de terre