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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, II.djvu/183

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bonheur

Le vêtement de son état avec le moins
De taches et de trous possible, apte aux besoins,
Aux lies, aux chics qu’il faut, le linge, mal terrible
D’empois et d’amidon, le plus fréquent possible,
Et souple et frais autour du corps dispos aussi,
Voilà pour le costume, et quant à l’art, voici :

L’art tout d’abord doit être et paraître sincère
Et clair, absolument : c’est la loi nécessaire
Et dure, n’est-ce pas, les jeunes, mais la loi ;
Car le public, non le premier venu, mais moi,
Mais mes pairs et moi, par exemple, vieux complices,
Nous, promoteurs de vos, de nos pauvres malices.
Nous autres qu’au besoin vous sauriez bien chercher,
Le vrai, le seul Public qu’il faille raccrocher.
Le Public, pour user de ce mot ridicule,
Dorénavant il bat en retraite et recule
Devant vos trucs un peu trop niais d’aujourd’hui,
Tordu par le fou rire ou navré par l’ennui.
L’art, mes enfants, c’est d’être absolument soi-même,
Et qui m’aime me suive et qui me suit qu’il m’aime,
Et si personne n’aime ou me suit, allons seul.
Mais traditionnel et soyons notre aïeul !
Obéissons au sang qui coule dans nos veines
Et qui ne peut broncher en conjectures vaines.
Flux de verve gauloise et flot d’aplomb romain
Avec, puisqu’un peu Franc, de bon limon germain,