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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, II.djvu/174

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bonheur


Ce presque amour est saint ; il bénit d’innocence
Mon reste d’une vie en somme toute au mal,
Et c’est comme les eaux d’un torrent baptismal
Sur des péchés qu’en vain l’Enfer déçu recense.

Aussi, précieux toi plus cher que tous les moi
Que je fus et serai si doit durer ma vie,
Soyons tout l’un pour l’autre en dépit de l’envie,
Soyons tout l’un à l’autre en toute bonne foi.

Allons, d’un bel élan qui demeure exemplaire
Et fasse autour le monde étonné chastement,
Réjouissons les cieux d’un spectacle charmant
Et du siècle et du sort défions la colère.

Nous avons le bonheur ainsi qu’il est permis.
Toi de qui la pensée est toute dans la mienne,
Il n’est, dans la légende actuelle et l’ancienne
Rien de plus noble et de plus beau que deux amis,

Déployant à l’envi les splendeurs de leurs âmes,
Le Sacrifice et l’Indulgence jusqu’au sang,
La Charité qui porte un monde dans son flanc
Et toutes les pudeurs comme de douces flammes !
 
Soyons tout l’un à l’autre enfin ! et l’un pour l’autre
En dépit des jaloux, et de nos vains soupçons,
A nous, et cette foi pour de bon, renonçons
Au vil respect humain où la foule se vautre,