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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, II.djvu/171

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XV


Mon ami, ma plus belle amitié, ma meilleure,
— Les morts sont morts, douce leur soit l’éternité !
Laisse-moi te le dire en toute vérité,
Tu vins au temps marqué, tu parus à ton heure ;

Tu parus sur ma vie et tu vins dans mon cœur
Au jour climatérique où, noir vaisseau qui sombre,
J’allais noyer ma chair sous la débauche sombre.
Ma chair dolente, et mon esprit jadis vainqueur,

Et mon âme naguère et jadis toute blanche !
Mais tu vins, tu parus, tu vins comme un voleur,
— Tel Christ viendra — Voleur qui m’a pris mon malheur !
Tu parus sur ma mer non pas comme une planche

De salut, mais le Salut même ! Ta vertu
Première, la gaieté, c’est elle-même, franche
Comme l’or, comme un bel oiseau sur une brandie
Qui s’envole dans un brillant turlututu.