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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, II.djvu/163

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bonheur


Et que l’amour charnel est bénit en des cas.
Elle préside alors et sourit à ces fêtes,
Dévêt la jeune épouse avec ses mains honnêtes
Et la mène à l'époux par des tours délicats.

Elle entre dans leur lit, lève le linge ultime,
Guide pour le baiser et l’acte et le repos
Leurs corps voluptueux aux fins de bons propos
Et désormais va vivre entre eux leur ange intime.

Puis au-dessus du couple ou plutôt à côté,
— Bien agir fait s’unir les vœux et les nivelle, —
Vers le Vierge et la Vierge isolés dans leur belle
Thébaïde à chacun la sainte Chasteté.
 
Sans quitter les Amants, par un charmant miracle,
Vole et vient rafraîchir l’Intacte et l’Impollu
De gais parfums de fleurs comme s’il avait plu
D’un bon orage sur l’un et sur l’autre habitacle,
 
Et vêt de chaleur douce au point et de jour clair
La cellule du Moine et celle de la Nonne,
Car s’il nous faut souffrir pour que Dieu nous pardonne.
Du moins Dieu veut punir, non torturer la chair.

Elle dit à ces chers enfants de l’Innocence :
Dormez, veillez, priez. Priez surtout, afin
Que vous n’ayez pas fait tous ces travaux en vain.
Humilité, douceur et céleste ignorance !