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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, II.djvu/160

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bonheur

Si vous ne l’êtes pas, du moins vous paraissez
Tels qu’il faut et semblez dans ce zèle empressés,
Poussant votre industrie et votre économie,
Depuis la sainteté jusqu’à la bonhomie.

Hypocrisie, émet un tiers, ou nullité !
Bonhomie, on doit dire en chœur, et sainteté !
Puisque, ô croyons toujours le bien de préférence,
Mais c’est surtout ce siècle et surtout cette France,
Que charme et que bénit, à quelques fins de Dieu ?
Votre ombre lumineuse et réchauffante un peu.
Seul bienfait apparent de la grâce invisible
Sur la France insensée et le siècle insensible
Siècle de fer et France, hélas ! toute de nerfs,
France d’où détalant partout comme des cerfs,
Les principes, respect, l’honneur de sa parole.
Famille, probité, filent en bande folle,
Siècle d’âpreté juive et d’ennuis protestants,
Noyant tout, le superbe et l’exquis des instants,
Au remous gris de mers de chiffres et de phrases.
Vous, phares doux parmi ces brumes et ces gazes,
Ah! luisez-nous encore et toujours jusqu’au jour,
Jusqu’à l’heure du cœur expirant vers l’amour
Divin, pour refleurir éternel dans la même
Charité loin de cette épreuve froide et blême.
Et puis, en la minute obscure des adieux.
Flambez, torches d’encens, et rallumez nos yeux