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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, II.djvu/148

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VIII


L’homme pauvre du cœur est-il si rare, en somme ?
Non. Et je suis cet homme et vous êtes cet homme,
Et tous les hommes sont cet homme ou furent lui,
Ou le seront quand l’heure opportune aura lui.
Conçus dans l’agonie épuisée et plaintive
De deux désirs que, seul, un feu brutal avive,
Sans vestige autre nôtre, à travers cet émoi,
Qu’une larme de quoi! Que pleure quoi! dans quoi !
Nés parmi la douleur, le sang et la sanie
Nus, de corps sans instinct et d’âme sans génie
Pour grandir et souffrir par l’âme et par le corps,
Vivant au jour le jour, bernés de vœux discors,
Pour mourir dans l’horreur fatale et la détresse,
Quoi de nous, dès qu’en nous la question se dresse ?
Quoi ? qu’un être capable au plus de moins que peu
En dehors du besoin d’aimer et de voir Dieu
Et quelque chose, au front, du fond du cœur te monte
Qui ressemble à la crainte et qui tient de la honte,