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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, I.djvu/417

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La vision cessa.Oui certes, il est doux
Le roman d’un premier amant. L’âme s’essaie,
C’est un jeune coureur à lu première haie.
C’est si mignard qu’on croit à peine que c’est mal.
Quelque chose d’étonnamment matutinal.
On sort du mariage habitueux. C’est comme
Qui dirait la fleur aurorale de l’homme,
Et les baisers parmi cette fraîche clarté
Sonnent comme des cris d’alouette en été,
Ô le premier amant ! Souvenez-vous, mesdames ?
Vagissant et timide élancement des âmes
Vers le fruit défendu qu’un soupir révéla…
Mais le second amant d’une femme, voilà !
On a tout su. La faute est bien délibérée
Et c’est bien un nouvel état que l’on se crée,
Un autre mariage à soi-même avoué.
Plus de retour possible au foyer bafoué.
Le mari, débonnaire ou non, fait bonne garde
Et dissimule mal. Déjà rit et bavarde
Le monde hostile et qui sévirait au besoin.
Ah ! que l’aise de l’autre intrigue se fait loin,
Mais aussi cette fois comme on vit, comme on aime.
Tout le cœur est éclos en une fleur suprême.
Ah ! c’est bon ! Et l’on jette à ce feu tout remords,
On ne vit que pour lui, tous autres soins sont morts.
On est à lui, on n’est qu’à lui, c’est pour la vie,
Ce sera pour après la vie, et l’on défie
Les lois humaines et divines, car on est