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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, I.djvu/413

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Tient la tête terrible amplement, une main
Derrière et l’autre sur le front, pâle, en chemin
D’aller vers le baiser spectral, l’âme tendue,
Hoquetant, dilatant sa prunelle perdue
Au fond de ce regard vague qu’elle a devant…
Soudain elle recule, et d’un geste rêvant
(Ô femmes, vous avez ces allures de faire !)
Elle laisse tomber la tête qui profère
Une plainte, et, roulant, sonnant creux et longtemps :
— « Mon Dieu, mon Dieu, pitié ! Mes péchés pénitents
« Lèvent leurs pauvres bras vers ta bénévolence,
« Ô ne les souffre pas criant en vain ! Ô lance
« L’éclair de ton pardon qui tuera ce corps vil !
« Vois que mon âme est faible en ce dolent exil !
« Et ne la laisse pas au Mauvais qui la guette !
« Ô que je meure ! »
« Ô que je meure ! Avec le bruit d’un corps qu’on jette,
La Comtesse à l’instant tombe morte, et voici :
Son Âme en blanc linceul, par l’espace éclairci
D’une douce clarté d’or blond qui flue et vibre
Monte au plafond ouvert désormais à l’air libre
Et d’une ascension lente va vers les cieux.

· · · · · · · · · · · · · · · · · · ·
La tête est là, et dardant en l’air ses sombres yeux

Et sautèle dans des attitudes étranges :
Telles dans les Assomptions des têtes d’anges,
Et la bouche vomit un gémissement long,
Et des orbites vont coulant de pleurs de plomb.