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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, I.djvu/384

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LES VAINCUS


À Louis-Xavier de Ricard.


I



La Vie est triomphante et l’Idéal est mort,
Et voilà que, criant sa joie au vent qui passe,
Le cheval enivré du vainqueur broie et mord
Nos frères, qui du moins tombèrent avec grâce,

Et nous que la déroute a fait survivre, hélas !
Les pieds meurtris, les yeux troublés, la tête lourde,
Saignants, veules, fangeux, déshonorés et las,
Nous allons, étouffant mal une plainte sourde,

Nous allons, au hasard du soir et du chemin,
Comme les meurtriers et comme les infâmes,
Veufs, orphelins, sans toit, ni fils, ni lendemain.
Aux lueurs des forêts familières en flammes !