Ouvrir le menu principal

Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, I.djvu/369

Cette page a été validée par deux contributeurs.

Logea moyennant deux cents francs par an chez une
Parente qu’il avait, dont toute la fortune
Consistait en un champ cultivé par ses fieux,
L’un marié depuis longtemps et l’autre vieux
Garçon encore, et là notre foudre de guerre
Vivait, et bien qu’il fût tout le jour sans rien faire
Et qu’il eût la charrue et la terre en horreur,
C’était ce qu’on appelle un soldat laboureur.
Toujours levé dès l’aube et la pipe à la bouche
Il allait et venait, engloutissait, farouche,
Des verres d’eau-de-vie et parfois s’enivrait,
Les dimanches tirait à l’arc au cabaret,
Après diner faisait un quart d’heure sans faute
Sauter sur ses genoux les garçons de son hôte
Ou bien leur apprenait l’exercice et comment
Un bon soldat ne doit songer qu’au fourniment.
Le soir il voisinait, tantôt pinçant les filles,
Habitude un peu trop commune aux vieux soudrilles,
Tantôt, geste ample et voix forte qui dominait
Le grillon incessant derrière le chenêt,
Assis auprès d’un feu de sarments qu’on entoure
Confusément disait l’Elster, l’Estramadoure,
Smolensk, Dresde, Lutzen et les ravins vosgeois
Devant quatre ou cinq gars attentifs et narquois
S’exclamant et riant très fort aux endroits farces.
 
Canonnade compacte et fusillade éparses,