Page:Verhaeren - Poèmes, t2, 1896.djvu/108

Cette page a été validée par deux contributeurs.
104
poèmes


Dites, ces pleurs, ces cris et cette peur du soir !
Dites, ces plombs de maladie en tous les membres,
Et la toute torpeur des torpides novembres
Et le dégoût de se toucher et de se voir ?

Et les mauvaises mains tâtillonnes de vice
Encor et lentement cherchant, sur les coussins,
Et des toisons de ventre, et des grappes de seins
Et les tortillements dans le rêve complice ?

Je rêve une existence en un cloître de fer,
Brûlée au jeûne et sèche et râpée aux cilices,
Où l’on abolirait en de muets supplices,
Par seule ardeur de l’âme enfin, toute la chair.

Et s’imposer le gel des sens, quand le corps brûle ;
Et se tyranniser et se tordre le cœur,
— Hélas ! ce qui en reste — et tordre, avec rancœur,
Jusqu’au regret d’un autrefois doux et crédule.