Page:Verhaeren - Poèmes, t1, 1895, 2e éd.djvu/276

Cette page a été validée par deux contributeurs.



AUX MOINES


Et maintenant, pieux et monacaux ascètes,
Qu’ont revêtus mes vers de longs et blancs tissus,
Hommes des jours lointains et morts, hommes vaincus
Mais néanmoins debout encor, hommes poètes,
Qui ne souffrez plus rien de nos douleurs à nous,
Rien de notre orgueil roux, rien de notre paix noire,
Qui vivez les yeux droits sur votre Christ d’ivoire,
Tel que vous devant lui, l’âme en flamme, à genoux,
Le front pâli du rêve où mon esprit s’obstine,
Je vivrai seul aussi, tout seul, avec mon art,
Et le serrant en mains, ainsi qu’un étendard,
Je me l’imprimerai si fort sur la poitrine,
Qu’au travers de ma chair il marquera mon cœur.