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LE CIMETIÈRE


Sous ce terrain perdu que les folles avoines
Et les chiendents et les sainfoins couvrent de vert,
On enterrait — voici quatre siècles — des moines
Les mains jointes, le front du capuchon couvert,
Le corps enveloppé de la pudeur des laines.
Ils s’endormaient dans un calme sacerdotal
Et rien ne leur venait ni des mers, ni des plaines,
Qui pût troubler leur long sommeil horizontal.
Alors comme aujourd’hui, les larges moissons mûres
Charriaient leur marée autour des loins d’argent,
Où luisaient des clochers ainsi que des armures.
L’enclos funèbre avait le même aspect changeant,