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Page:Verhaeren - Poèmes, t1, 1895, 2e éd.djvu/166

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MARINES


I


Au temps de froid humide et de vent nasillard,
Les flots clairs s’étamaient d’étoupe et de brouillard,
Et traînaient à travers les champs de verdeur sale
Leur cours se terminant en pieuvre colossale.

Les roseaux desséchés pendaient le long du bord,
Le ciel, muré de nuit, partout, du Sud au Nord,
Retentissait au loin d’un fracas d’avalanches ;
Les neiges vacillaient dans l’air, flammèches blanches.

Et sitôt qu’il gelait, des glaçons monstrueux
Descendaient en troupeau large et tumultueux,
S’écrasant, se heurtant comme un choc de montagnes.

Et lorsque les terreaux et les bois se taisaient,
Eux s’attaquaient l’un l’autre, et craquaient, et grinçaient,
Et d’un bruit de tonnerre ébranlaient les campagnes.