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Page:Verhaeren - Poèmes, t1, 1895, 2e éd.djvu/151

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LA VACHE


Dès cinq heures, sitôt que l’aurore fit tache
Sur l’enténèbrement nocturne, piqué d’or,
Un gars traça des croix sur le front de la vache.
Et, le licol tendu, la mena vers la mort.

Partout dans les clochers sonnaient les réveillées ;
Les champs riaient, malgré les brouillards étendus
Sur la campagne, ainsi que des laines mouillées,
Et les froids, qui la nuit étaient redescendus.

Des ouvriers lourds et mous à leurs travaux revêches,
Allaient, bâillant encor, muets, presque dolents,
Sur leur énorme dos luisait l’acier des bêches,
Plaquant le jour brumeux et gris de miroirs blancs.