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Page:Verhaeren - Poèmes, t1, 1895, 2e éd.djvu/142

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LA GRANDE CHAMBRE


Et voici quelle était la chambre hospitalière
Où l’étranger trouvait bon gîte et réconfort,
Où les fils étaient nés, où l’aïeul était mort,
Où l’on avait tassé ce grand corps dans sa bière.

Aux kermesses, aux jours de foire et de décor,
La ferme y célébrait la fête coutumière,
Et jadis, quand vivait encore la fermière,
Elle y trônait, au centre, avec ses pendants d’or.

Les murs étaient crépis ; deux massives armoires
Étalaient dans les coins leur bois zébré de moires ;
Au fond, un christ en plâtre expirait sous un dais,

Le front troué, les yeux ouverts sur les ivresses ;
Et le parfum des lards et la senteur des graisses
Montaient vers son cœur nu, comme un encens mauvais.