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Le cœur battant, les reins cambrés, le torse en nage,
On s’éreintait à balancer, balourdement,
En des rythmes tournant vers l’étourdissement,
Le corps virevoltant des fermières ardentes.
Les bras serraient leur chair massive et abondante.
Les maris maugréaient, les amants se fâchaient ;
Les poings et les regards tour à tour se cherchaient ;
Des mots volaient, blessant l’orgueil d’une ample entaille,
Et la danse bientôt se changeait en bataille.
Dites — comme c’était rage et joie, et fête, alors ! —
On était souple et certains étaient forts.
Ils formaient le rempart ; les autres,
Tels des perdreaux, parmi des champs d’épeautre,
Se faufilaient, hardis et haletants,
Entre les blocs soudés des combattants
Et choisissant les yeux ensanglantés pour cibles,
S’y acharnaient, avec des doigts terribles.


On se montrait traître et cruel, sans le savoir.
Les empoignades qui s’exaltaient, le soir,
Se prolongeaient, la nuit, en combats rouges,
Au fond des bouges.
On revenait vaincus, vainqueurs,
Avec la hargne ou la folie au cœur,

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