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Vers leur Dieu dont l’azur d’étoiles s’ensemence ;
Et les astres, brillant là-haut sur leur chemin
Semblent les feux de grands cierges, tenus en main,
Dont on ne verrait pas monter la tige immense.




CROQUIS DE CLOITRE


I



Le chœur, alors qu’il est vide et silencieux,
Et qu’un recueillement sur les choses s’embrume,
Conserve encor dans l’air que l’encens bleu parfume
Comme un frisson épars des hymnes spacieux.

La gravité des grands versets sentencieux
Reste debout comme un marteau sur une enclume,
Et les antiennes d’or, plus blanches que l’écume,
Ouvrent encore leur aile aux chants audacieux.

On les entend frémir et passer sur son âme
Et c’est leur vol qui fait que vacille la flamme
Devant le tabernacle, — et que les saints sculptés

Gardent au creux des murs leurs poses extatiques.
Comme s’ils entendaient toujours les grands cantiques
Autour de leur prière en sourdine chantés.


II


À pleine voix — midi soleillant au dehors
Et les champs reposant — les nones sont chantées
Dans un balancement de phrases répétées
Et hantantes comme un rappel de grands remords.

Et peu à peu les chants prennent de tels essors,
Les antiennes sont sur de tels vols portées
À travers l’ouragan des notes exaltées
Que tremblent les vitraux au fond des corridors.

Le jour tombe en draps clairs et blancs par les fenêtres :
On dirait voir pendus de grands manteaux de prêtres
À des clous de soleil. Mais soudain, lentement
 
Les moines dans le chœur taisent leurs mélodies
Et, pendant le repos entre deux psalmodies,
Il vient de la campagne un lointain meuglement.