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Page:Verhaeren - Les Aubes, 1898, éd2.djvu/91

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travaillée par nos rêves. Tous les mécontentements, toutes les rancunes, toutes les injustices, toutes les oppressions, tous les esclavages prennent une voix inconnue pour se faire écouter ! Nos maîtres se détestent entre eux. Il n’y a plus de force. On obéit à un fantôme.

De toutes parts, on acquiesce.

Chez l’ennemi, mêmes débandades et même faiblesse. Des mutins se lèvent parmi les soldats. On s’insurge contre la cruauté des chefs, contre les horreurs et les folies de la campagne. La haine souffle en tempête. À bout de détresses, de misères et d’affres sans nom, tous aspirent à la nécessaire union humaine. On a honte d’être des massacreurs. Dites ! si cette conflagration d’instincts pouvait s’éteindre ; s’ils sentaient, ceux qui nous assiègent, qu’ils ont parmi nous tant d’âmes fraternelles ; si par une soudaine entente, nous réalisions aujourd’hui un peu du grand rêve humain, Oppidomagne se ferait pardonner sa honte, sa folie, son blasphème ; elle deviendrait le lieu de la terre où s’est passé un des rares événements sacrés. C’est avec cette pensée qu’il faut me suivre tous, là-bas, vers vos enfants. (Acclamations).