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Page:Verhaeren - Les Aubes, 1898, éd2.djvu/85

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La foule s’amasse sur la muraille d’enceinte. Longues acclamations. Vivement Hérénien escalade un tombeau et prend la parole. Il a devant lui Haineau qu’il surveille.



HÉRÉNIEN


Enfin, me voici parmi vous ! Vous et moi ne vivons qu’à demi,
quand nous vivons séparés. Au village où mon père se mourait, j’appris votre exode vers cette montagne. J’ai songé aux temps romains, à la fierté, à la décision, au courage, à la beauté des peuples suprêmes. Quoi qu’il arrive, cet acte éclatant et brutal vous aura grandis. Vous avez prouvé votre obstination solidaire et votre audace nette. Ceux qui vous refusaient, à vous, soldats, la paye entière, à vous, citoyens, la justice complète, parce que vous étiez des revendicateurs, sont aujourd’hui matés. Le moyen dont vous avez usé était donc excellent. Mais restera-t-il tel ?

Un conflit armé avec Oppidomagne serait un désastre. Jusqu’à cette heure, il fut écarté. Jusqu’à cette heure encore, vous vous êtes serrés en un faisceau de résistance admirable. J’affirme, devant vous tous, que vous avez