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Page:Verhaeren - Les Aubes, 1898, éd2.djvu/63

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Tu fus la fleur des lacs et des brouillards
Que, vivement, mes mains
Ont arrachée à mon pays hagard
Et transportée au cœur d’Oppidomagne ;
Et c’est le sol, les eaux, et toute la campagne
Que je regarde et que j’adore en tes yeux nus.
Oh dis ! restons ainsi, blottis, serrés, fondus,
En cet amour qui nous délivre,
Nous adorant, nous pardonnant, nous exaltant
Tandis que les jours voraces mangent le temps
Que nous avons à vivre.
La mort en feu circule autour de nous.
La nuit semble une embûche et le soir un désastre :
On croirait voir, dans les cieux fous,
Se consumer et se casser les astres
Et leurs braises tomber sur nous !

L’enfant d’Hérénien est descendu embrasser son père ; mais celui-ci le néglige et semble l’avoir oublié. La foule passe et hurle, immensément. — Hérénien se précipite à la fenêtre. On entend clamer : « La Bourse brûle ! » « L’Arsenal brûle ! » « Le Port brûle ! » Des lueurs d’incendie illuminent l’appartement.