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Page:Verhaeren - Les Aubes, 1898, éd2.djvu/60

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CLAIRE


Moi, je t’aime et te sers de toute mon âme.


HÉRÉNIEN


Ces funérailles, où quelque chose de moi s’en est allé, je ne sais
quoi — une époque de ma vie, mon enfance — m’ont arraché, à ma brûlante existence, donnée à tous, prise pour tous, semée là-bas, loin de toi, loin de nous, à travers Oppidomagne. Je me croyais au village, au pays désolé des plaines hallucinées ; maraudant, le soir, dans les bruyères, ou chevauchant les poulains fous dans les champs de mon père. Je me souvenais des bergers, des serviteurs, des servantes Je me rappelais les chemins de l’école, ceux de l’église, et jusqu’au son exact de la cloche paroissiale. J’étais si triste et si heureux ; je brûlais de vous revoir, toi et l’enfant.

Entourant Claire de ses bras :


Et maintenant, montre-moi tes yeux, tes yeux pâles et doux, qui m’aiment plus que tous les autres et me sont les plus belles lumières du monde.