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Ces villes !
Le sens de la jeunesse y est fané ;
Le sens de l’héroïsme y est miné ;
Le sens de la justice en est banni comme inutile.
Ô ces villes ! ces villes !
Qui s’étalent, là-bas, comme des tas immondes
De pieuvres violentes ou douces ;
Dont les bouches et les ventouses
Soutireraient le sang du monde !


UN PAYSAN, (aux vieillards)


Sans vous tous, les gens des villes, nos moissons fleuriraient,
nos granges déborderaient de blés ! Sans vous, nous serions restés forts, sains et tranquilles ; sans vous, nos filles ne seraient point des prostituées, ni nos fils des soldats. Vous nous avez salis de vos idées et de vos vices et c’est vous encore qui déchaînez la guerre.


QUELQU’UN DES VILLES, (aux paysans)


C’est à vous qu’il faut vous en prendre. Pourquoi nous arriver si
nombreux et si avides ? Du fond des champs,