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Page:Verhaeren - Les Aubes, 1898, éd2.djvu/138

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hommes se précipitent aux bras des assiégeants. On se serre les mains, on s’embrasse. Une joie soudaine, aimante l’âme de tous. On jette sabres, sacs, cartouches. L’ennemi, dont les gourdes étaient pleines, offre à boire. Et le flot toujours envahissant se dégorge déjà vers la ville et la place des Nations, que nos chefs sont toujours là, pâles, muets, incrédules. « C’est la fin de la guerre, — cria Le Breux à l’oreille d’un commandant. Il n’y a ni victoire, ni débâcle, il y a fête ». Alors cette brute se met à jurer, fou de colère, frappant de son sabre en aveugle, blessant son cheval. Deux de ses voisins profitant du désarroi s’enfuient. Ils se sont dirigés vers la Régence : ils organiseront peut-être un semblant de résistance et la garde consulaire les secondera. Déjà, j’ai vu rôder, par ici, leurs uniformes verts.



CLAIRE


Mais les généraux ennemis ?


HÉRÉNIEN


Oh ! ceux-là sont les prisonniers de leur armée. Hier, voyant les troupes réduites de moitié par la maladie