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Page:Verhaeren - Les Aubes, 1898, éd2.djvu/137

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J’étais convaincu qu’aucun de nos chefs n’aurait paru à la porte de Babylone : ils n’y viennent jamais. Hier au soir, les plus anciens s’y étaient rendus. À voir déboucher l’ennemi, ils crurent à quelque acte de folie. Ce n’étaient pas des assaillants : l’allure des troupes, le défaut de commandement, l’absence d’organisation le prouvaient. Ce n’étaient pas des parlementaires : leur nombre était trop grand.

Quand les troupes furent à cent pas, on les vit, les unes jeter les armes ; les autres, lever les crosses. Sans rien dire, quelques-uns des nôtres coururent ouvrir les portes. Nos chefs se démenaient, injuriaient, criaient tous ensemble : personne ne voulut écouter ni leurs insultes, ni leurs ordres. Tous les pressentiments qu’ils avaient éprouvés, toutes les craintes de défection, de trahison, qu’ils n’osaient admettre, durent les lanciner, les torturer, les abattre. À coups d’éclairs, ils ont tout compris. On les cerna. Trois d’entre eux se sont fait tuer : c’étaient des braves. Ils voyaient l’ennemi entrer dans Oppidomagne ; ils croyaient à la défaite, à la honte de l’humiliation dernière. Quelques-uns pleuraient. Nos