Page:Verhaeren - Les Ailes rouges de la guerre, 1916.djvu/93

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Ses régiments ? — il les dressait à coups de botte ;
La schlague ? — il la disait âprement patriote ;
Un morne automatisme animait seul l’essor
Des bataillons compacts qu’il jetait vers la mort.
Dites, pour broyer à la fois France et Belgique,
Dites, depuis quels temps
Préparait-il ses peuples allemands
À sa guerre pédagogique ?

Hier à Jérusalem, et demain à Tanger,
Et plus tard à Bagdad, et puis un jour en Chine,
Le monde était pour lui comme un tremplin léger
Où s’exerçaient son pied, sa jambe et son échine.

Au Nord, les soirs d’été, il se croyait pareil
Aux paladins casqués des légendes insignes.
Parfois, il s’affublait en Lohengrin vermeil
Et son yacht, sur la mer, voguait, blanc comme un cygne.

Il s’employait partout, fantasque et affairé.
Il ne se doutait pas, en son âme étourdie,