Page:Verhaeren - Les Ailes rouges de la guerre, 1916.djvu/49

Cette page a été validée par deux contributeurs.



Ô merveille tuée ! Ô beauté prise au piège !
Ô murs de la croyance atrocement fendus !
Ainsi qu’un rampement de rapides couleuvres,
Le feu mordait la chair divine des chefs-d’œuvre :
On entendait souffrir de beaux gestes tendus
— Depuis quel temps — vers la pitié et la justice.
De pauvres voix sortaient du marbre et du granit ;
Les ostensoirs d’argent par les papes bénis,
Les chandeliers, et les crosses, et les calices
Étaient mordus par les flammes et s’y tordaient ;
L’horreur était partout propagée et brandie ;
Les vieux saints du portail priaient dans l’incendie,
Mais leurs cris vers le ciel dans leur mort se perdaient.

Et maintenant avec ses pauvres bras brûlés
La cathédrale meurt sous les astres voilés.

Hélas ! où sont les plaines d’or de la Champagne
Et les mois de l’automne où le pampre reluit,
Quand on venait vers elle et le jour et la nuit
Comme vers une sainte et tranquille montagne ?