Page:Verhaeren - Les Ailes rouges de la guerre, 1916.djvu/28

Cette page a été validée par deux contributeurs.


Quand se fendit soudain — en quelle heure angoissée ! —
Cette tour où le rêve étageait la pensée.

Ce fut en août, là-bas, au Reichstag, à Berlin,
Que ceux en qui le monde avait mis sa foi folle
Se turent quand sonna la mauvaise parole.
Un nuage passa sur le front du destin.
Eux qui l’avaient proscrite accueillirent la guerre.
La vieille mort casquée, atroce, autoritaire
Sortit de sa caserne avec son linceul blanc
Pour en traîner l’horreur sur les pays sanglants.
Son ombre s’allongea sur les villes en flammes.
Le monde se fit honte et tua la grande Âme
Qu’il se faisait avec ferveur pour qu’elle soit,
Un jour, l’âme du droit
Devant l’audace inique et la force funeste.
Aux ennemis dont tue et ravage le geste
Il fallut opposer un cœur qui les déteste.
On s’acharna ensemble à se haïr soudain.
Le clair passé glissa au ténébreux demain.