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II


Ainsi pour que le front avance ou se maintienne,
On excite les feux partout — et c’est là-bas
Que s’embrasent Woolich, Poutilow et Skoda,
Et que s’éclaire, ici, Chamond et Saint-Etienne.

Oh ces métaux tassés en leurs parcs à lopins !
Les hauts fours embrasés tour à tour s’en nourrissent ;
Autour de leurs flancs creux les ringards retentissent,
Tandis que l’acier mou se serre en des grappins.

De pesants cubes d’or promènent leur lumière
Au ras du sol, avant de se fixer dûment,
Sous la chute précise et sous le poids fumant
Des marteaux s’abattant au long de leurs glissières.

L’obus, d’un seul coup net, se creuse et s’emboutit.
De place en place, on le polit, on le travaille ;
On le bourre à foison de plomb et de mitraille
Et la charge s’endort pour s’éveiller en lui.