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D’abord,
Ne faut-il pas pour nos grands morts
Des roses tristes ;
Et les femmes qui les assistent,
Ne cueillent-elles point des fruits clairs et rosés
Pour la soif de nos blessés, ?
Car l’heure sinistre à l’heure grave s’ajoute
En Flandre et en Brabant.
On n’y voit plus, au long des routes,
Les hauts charrois de foin aux cheveux retombants,
Ni les hommes portant la gaule
Ou la bêche sur leur épaule.
Ceux qui passent là-bas
Sont des reîtres marchant au pas
Et s’avançant vers les villages
D’après un mouvement compact et saccadé,
Soit pour le feu ou le pillage,
Soit pour le meurtre commandé.

Hélas ! où pousse et vit encor la marjolaine
Et la fleur du lilas et la fleur du sureau ?