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Page:Verhaeren - La Guirlande des dunes, 1907.djvu/69

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Les fenêtres des quais doucement les regardent ;
Elles disent : Voici l’asile et le nid clair.
À quoi bon s’en aller, sous la nue et l’éclair,
Lutter, avec les vents et les vagues hagardes ?

Les flots âpres et fous roulent là-bas, au loin,
Voyez : voici le câble et l’ancre ; ils vous protègent ;
Et la petite vierge, en sa robe de neige,
Jette les yeux sur vous, de sa niche du coin.

Goûtez le reposant et lumineux silence :
Au-dessus de vos mâts, tous les astres du ciel
Vous présagent le calme et doux bonheur réel,
Sans surprises, sans angoisses, sans violences.

On étendra vos grand’voiles en pavillons
Sur la joie et l’orgueil des francs buveurs de bière
Et vous les entendrez entrechoquer leurs verres
Quand la kermesse ameute et bat les carillons.

Vos rames deviendront les hampes solennelles
Où la fête pendra ses éclatants drapeaux ;
Elles verront passer des gens monumentaux
Avec de l’or, sur leurs poitrines fraternelles.