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Page:Verhaeren - La Guirlande des dunes, 1907.djvu/67

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Leurs fronts ? L’idée avec lenteur y bouge :
Ils se taisent des heures et des jours ;
Ils sont calmes et lents dans leurs amours,
Autant qu’ils sont brutaux dans leurs ruts rouges.

À la fois mornes et puissants.
Se méfient-ils ? — Sont-ils timides ?
Mais qu’en leur âme ils se décident,
Leur dévoûment va jusqu’au sang.

Race taciturne, race profonde,
Race des Nords rugueux, race d’hiver,
Avec des colères comme la mer
Et des entêtements de roc, sous l’onde.

Leurs bras n’ont peur de se charger
Des vieux devoirs qu’on leur enseigne ;
Ils croient à mesure qu’ils craignent
Et que leur vie est le danger.

Pourtant, les jours de Kermesse gourmande,
Ils déchaînent si largement l’instinct
Que leurs désirs rageurs semblent des chiens
Qui déchirent ensemble un bloc de viande.