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Page:Verhaeren - La Guirlande des dunes, 1907.djvu/61

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Ainsi vivent-elles très pauvrement,
Toutes coites, comme encavées
Dans un grand pli de sol, contre le vent dément
Mais des enfants nombreux sont leur couvée.

L’homme peine sur la mer grande avec ses fils,
La sœur aînée a soin de la marmaille
Et la femme est nourrice, et le grand-père assis
Près de la porte, travaille
Aux filets noirs, jusques au soir,
Comme on faisait jadis.

Ainsi vivent-elles, les petites maisons,
Sous la crainte des horizons,
Pauvres chaumes, minces guérites,
Pour ceux qu’elles abritent ;
Ainsi vivent-elles, humbles et blanches,
Avec de maigres fleurs dans leur enclos,
Avec leur porc en sa cage de planches,
Avec leur âne âpre, têtu, falot,
Qui broute au loin, dans la dune vermeille,
Et redit non et non, toujours,
En secouant, au long du jour,
Les deux oreilles.