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Page:Verhaeren - La Guirlande des dunes, 1907.djvu/58

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Depuis qu’en Flandre on a parlé.
Vous vous aimez comme s’aimaient naguère
Ceux d’autrefois qui sont au cimetière,
Vous vous aimez, selon votre âge et votre sort,
Comme vos aïeux bruns aimaient leurs femmes blondes,
Et comme, un jour, s’adoreront encor
Ceux qui seront sortis de vos amours fécondes,
Quand vous serez les morts.

Fille et toi, gars des blancs villages,
Près des dunes, au sable amer,
À l’heure où le soleil vespéral mord les plages,
Marchez à contre vent, dans le soir, vers la mer.
L’existence vous sera dure et violente,
Pour toi, femme, tes fils, pour toi, l’homme, tes flots,
Mais vous avez une âme obstinée et vaillante
Qui sait cacher ses pleurs et tuer ses sanglots.
Vous peinerez, au long des mois et des années,
Dans votre humble logis encombré de filets,
Au bruit d’une marmaille ardente et mutinée
Et votre seul désir et votre seul souhait
Seront que l’âpre et maigre et vorace détresse
Ne morde point votre bonheur jusques au sang :
Ô ce voisin féroce et sournois — l’Océan !