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Page:Verhaeren - La Guirlande des dunes, 1907.djvu/57

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Tandis qu’au loin, le haut clocher,
Avec son vieux cadran aux aiguilles hagardes,
Par dessus les maisons et leurs faîtes, regarde.

Fille, et toi, gars d’un village près de la mer,
Aimez-vous fermement, dans la paix vespérale :
L’heure est propice, et seul le vent entend le râle
Que l’ivresse d’aimer arrache à votre chair.
Vous concentrez en vos deux cœurs, la vie
Qui s’est, depuis quels jours, depuis quels temps,
Obstinément, nourrie et assouvie
Aux lisières du sol flamand ;
La dune rude et sa large lumière,
Les champs bordés de buissons roux,
Les petits clos et les pauvres chaumières
S’aiment en vous ;
Ils vous ont faits ce que vous êtes :
Toi, gars rugueux, taciturne et brutal,
Toi, fille saine, éclatante et replète,
Comme un bouquet du clos natal ;
Ils connaissent mieux que vous-mêmes
Les mots jaillis de vos sens affolés :
C’est eux jadis qui les ont révélés
À ceux qui s’aiment,