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Page:Verhaeren - La Guirlande des dunes, 1907.djvu/47

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Depuis quels temps, on ne sait pas,
Le fossoyeur maussade et las,
Avec, en main, sa petite lumière,
Gagnait ainsi le cimetière.

On le voyait poser contre la croix,
Sa pauvre et maigre échelle en bois,
Puis y monter, puis en descendre ;
Et dans le soir blafard et faux
Soudain, là-haut,
S’allumait un flambeau.

La flamme était placée,
Près des côtes violacées,
Par où le sang divin abondamment sortait
Et chaque soir, le vent se lamentait
Autour de cette flamme inépuisée
Que l’homme à Dieu, obstinément, tendait.

Vers les défunts saignait la croix,
Vers les défunts saignait l’effroi,
Vers les défunts saignaient les mains
Du Christ immense et surhumain.