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Page:Verhaeren - La Guirlande des dunes, 1907.djvu/41

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Et deux fois l’an — soit Novembre, soit Février —
Il trie, avec grand soin, les nouvelles semences ;
Et le jour qu’il confie à la terre sa chance,
Est marqué d’un trait bleu sur son calendrier.

Ainsi vit-il sous les cieux tristes,
Au temps d’automne, au temps d’hiver,
Sans que rien ne le trouble, ou que nul ne l’assiste,
Insoucieux, dirait-on, même de la mer.

Mais dès que le printemps s’exalte au fond des nues,
Un dimanche, l’après-midi,
Avec sa vieille pipe entre ses doigts raidis,
Lentement il s’en vient, par les sentes connues,
Sur la grève s’asseoir.
Ses pas semblent pesants et ses mains semblent lasses,
Il ne fait aucun geste aux autres vieux qui passent,
Et rien de ce qu’il voit ne paraît l’émouvoir,
Mais ses deux yeux, ses yeux, rouges comme la rouille,
Restent obstinément fixés, jusques au soir,
Sur l’horizon qu’ils fouillent.

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