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Page:Verhaeren - La Guirlande des dunes, 1907.djvu/25

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Mais vous êtes, quand même
Debout encor, au long des mers,
Debout, dans l’ombre et dans l’hiver,
Sans couronne, sans diadème,
Sans feux épars sur vos fronts lourds ;
Et vous demeurez là, seules au vent nocturne,
Vous, les tours, les tours gigantesques, les tours
De Nieuport, de Lisweghe et de Furnes.

Sur les villes et les hameaux flamands.
Au-dessus des maisons vieilles et basses,
Vous carrez votre masse,
Tragiquement ;
Et ceux qui vont, au soir tombant, le long des grèves,
À voir votre grandeur et votre deuil,
Sentent toujours, comme un afflux d’orgueil
Battre leur rêve :
Et leur cœur chante et leur cœur pleure, et leur cœur bout
D’être jaillis du même sol que vous.


Flandre tenace au cœur ; Flandre des aïeux morts
Avec la terre aimée entre leurs dents ardentes ;
Pays de fruste orgueil ou de rage mordante,
Dès qu’on barre ta vie, ou qu’on touche à ton sort ;