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Page:Verhaeren - La Guirlande des dunes, 1907.djvu/17

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Depuis longtemps sont morts, l’été, l’automne ;
Octobre est loin, avec sa brume monotone,
Avec son deuil de pourpre et de silence ;
Et maintenant voici,
Voici l’hiver, l’hiver sauvage et sans merci,
Et les mois noirs qui recommencent.

Les villages souffrent là-bas,
Les toits ployés sous la tempête,
Pauvres, tristes, serrés par tas,
Comme des bêtes ;
D’une mince lueur, le soir se fend ;
La meute entière des nuées
Hurle vers l’ombre — et seule une cloche remuée
Sanglote encor, avec des cris d’enfant.

Et sur la plage où se querellent
Les vents de loin en loin, à l’infini,
Traînent, en bandes parallèles,
Les défilés des sables gris ;
Les oiseaux fuient ; la grève est vide ;
Le navire se fond dans l’étendue humide :
Tous les grands deuils semblent marcher
De lieue en lieue, avec la mer.