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Page:Verhaeren - La Guirlande des dunes, 1907.djvu/11

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Je l’ai vu maigre et nu, pendant l’hiver,
Poteau de froid, planté sur des routes de neige ;
Je l’ai vu clair et vif, au seuil du printemps vert,
Quand la jeunesse immortelle l’assiège,
Quand des bouquets d’oiseaux fusent vers le soleil ;
Je l’ai vu lourd et harassé, dans la lumière,
Les jours d’été, à l’heure où les grands blés vermeils,
Autour des jardins secs et des closes chaumières,
S’enflent, de loin en loin, comme des torses d’or ;
J’ai admiré sa vie en lutte avec sa mort,
Et je l’entends, ce soir de pluie et de ténèbres,
Crisper ses pieds au sol et bander ses vertèbres
Et défier l’orage — et résister encor.

Si vous voulez savoir où son sort se décide,
C’est tout au loin, là-bas, entre Furne et Coxyde,
Dans un petit chemin de sable clair,
Près des dunes, d’où l’on peut voir dans l’air,
Les batailles perpétuées
Des vents et des nuées
Bondir de l’horion et saccager la mer.