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Page:Verhaeren - La Guirlande des dunes, 1907.djvu/10

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Un soir de foudre et de fracas,
Son tronc craqua,
Soudainement, de haut en bas.

Depuis, l’un de ses flancs
Est sec, stérile et blanc ;
Mais l’autre est demeuré gonflé de sève.
Des fleurs, parmi ses crevasses, se lèvent,
Les lichens nains le festonnent d’argent ;
L’arbre est tenace et dur : son feuillage bougeant
Luit au toucher furtif des brises tatillonnes.

L’automne et ses mousses le vermillonnent,
Son front velu, comme un front de taureau,
Bute, contre les chocs de la tempête ;
Et dans les trous profonds de son vieux corps d’athlète,
Se cache un nid de passereaux.

Matin et soir, même la nuit,
À toute heure je suis allé vers lui ;
Il domine les champs qui l’environnent,
Les sablons gris et les pâles marais ;
Mon rêve, avec un tas de rameaux frais
Et jaillissants, l’exalte et le couronne ;