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Page:Verhaeren - James Ensor, 1908.djvu/87

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nom de « peintre de masques », il importe d’insister sur son talent de portraitiste et de nature-mortier.

Il serait surprenant qu’Ensor, aimant avant tout au monde son art et par conséquent chérissant surtout celui qui le fait, c’est à dire lui-même, n’eût multiplié à l’infini sa propre effigie. Ajoutons qu’en se regardant, en un miroir, il a toujours à portée de main, de brosse et de palette, un modèle complaisant et gratuit.

Dès ses tout premiers débuts, aux temps lointains et maudits où il s’égarait à l’académie, il traduit ses traits (1879) ; en 1880 il se repeint ; en 1883 encore et en 1884 il se dessine. En 1886 il fixe au crayon quatre fois son image ; en 1888 il se déguise et se reproduit au pinceau. Dans l’Ecce-Homo, c’est lui qui apparaît flanqué de ses deux bourreaux MM. Fetis & Sulzberger ; en 1891 parmi ses dessins fantasmagoriques il prend place ; en 1899 il s’entoure de masques et dans nombre de compositions son visage tantôt hilare, tantôt mélancolique, tantôt angoissé et piteux, s’impose. Il est en quelque sorte la figure centrale de tous ses rêves. Et c’est logique et c’est humain qu’il en soit ainsi. On pourrait serrer de près sa psychologie, rien qu’en analysant ses portraits aux différentes saisons de son art et l’être insaisissable qu’il est se dévoilerait peut-être mieux, grâce à cette méthode, que par l’examen de ses gestes quotidiens dans la vie.

De ses représentations si variées et si nombreuses, je retiens la première. En veston havane, sa palette à la main, à l’atelier, il se campe devant son chevalet. Il est jeune, l’œil clair, l’allure attentive et naïve. La vie hostile ne l’a point encore touché. L’œuvre est