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Page:Verhaeren - James Ensor, 1908.djvu/80

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En effet ils appliquent froidement et méthodiquement leurs pointillages entre des lignes correctes et froides. Ce procédé uniforme et trop restreint défend d’ailleurs d’étendre les recherches et de là résulte une impersonnalité absolue dans leurs œuvres, si bien que les pointillistes n’atteignent que l’un des côtés de la lumière : la vibration, sans aboutir à donner sa forme. Mes recherches et ma vision à moi s’éloignent de la vision de ces peintres et je crois être un peintre d’exception. »

Ne retenons de ces lignes que la dernière affirmation. Qu’Ensor soit un peintre d’exception, rien n’est plus juste. Sa nature est trop spéciale pour que jamais elle lui permette d’être d’un groupe. Le néo-impressionnisme exigeait une discipline, portait en lui un enseignement, élaborait un programme. Dès ce moment le peintre ne le pouvait admettre. Ce qui caractérise la personnalité d’Ensor c’est le libre-vouloir. Sitôt qu’un désir lui vient, il le satisfait. Sa tête est une chambre ouverte où tantôt les idées, tantôt les rêves, tantôt les folies, s’installent. Et le néo-impressionnisme lui apparaissait comme une prison.

Mais, tout en tournant le dos à l’esthétique de Seurat, il voulut, lui aussi, se signaler par de très nettes audaces. Il ne pouvait nier d’ailleurs que la nouvelle école, plus qu’aucune autre, ne purifiât la vision. Les couleurs dont elle préconisait l’emploi étaient les couleurs mêmes du prisme, les couleurs vierges, primitives, intactes. Toute l’ancienne palette était comme abolie et le spectre solaire prenait sa place. La virginité totale du ton devint un objet de conquête. Déjà Turner, et à sa suite tous les impressionnistes, s’étaient essayé à