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Page:Verhaeren - James Ensor, 1908.djvu/77

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calmées par le Christ marchant sur les eaux ou la colère des cieux se déchaînant sur Adam et Ève subsistent encore dans l’esprit du peintre.

Quand au Domaine d’Arnheim il suscite devant les yeux un bois profond que baigneraient des flots calmes. Une barque les sillonne. Le titre, fourni par Edgar Poe importe, bien qu’on l’ait trouvé inutile. Il nous transporte hors de la réalité, vers quelque lieu illusoire et magnifique où règnerait un calme d’or parmi des îles d’ombre majestueuse, touffue et silencieuse. Quand il composa le Domaine d’Arnheim, l’esprit du peintre s’était de plus en plus retiré de la contingence quotidienne ; il commençait à vivre en plein monde imaginaire ; il était déjà hanté. C’est à ces dispositions spirituelles qu’est due la manière de traiter ce paysage. On peut croire en effet que ce morceau de nature est tout entier arraché à l’imagination ou bien que, là bas, quelque part au bout du monde, sous un ciel inconnu, il s’étale et fleurit, sans que jamais quelqu’un, à part son mystérieux visiteur, ne l’ait parcouru. Plus tard, bientôt, ces îles, ces eaux et ces jardins seront, grâce au rêve de James Ensor, peuplés de masques et de pierrots et d’arlequins et de colombines. Ils s’intituleront alors le Théâtre des masques. Et ce seront ses Fêtes galantes à lui, certes moins charmantes que celles de Watteau, mais plus folles, plus fusantes, plus papillotantes et plus fiévreuses.

Continuant, après la Mangeuse d’huîtres, sa marche vers la clarté et s’attardant non plus dans le rêve et la légende mais dans la réalité vécue et quotidienne, Ensor propose à notre admiration les Enfants à la