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Page:Verhaeren - James Ensor, 1908.djvu/66

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pourtant son éclat et son ardeur propres, dans une sorte de paix générale et brillât et scintillât comme sous un voile, de quelle finesse, de quelle justesse, de quelle acuité d’observation ne fallait-il point faire preuve ?

Au fur et à mesure que son œuvre se poursuivait et que ses intérieurs bourgeois, ses après-dîners à Ostende, ses portraits lui assignaient comme tâche d’étudier la lumière circulant dans les maisons à travers la baie des hautes fenêtres, l’œil très subtil du peintre ne pouvait s’empêcher de s’émouvoir aussi de la clarté du dehors et surtout ne pouvait s’abstraire de la contemplation de la mer. Le paysage marin le requit dès ses premiers travaux. Et voici l’Estacade et la Mer grise et la Dame au brise-lame (1880) ; et voici Marine (effet de soleil), la Dune noire (1881) ; et voici les deux Marines et le Brise-lame (1882) ; et voici Dune et Mer et Marine (l’après-midi) (1883) et les Barques et la Marine (1884). Cette dernière se distingue par sa belle teinte verdâtre et par son aspect de simplicité et de grandeur. Un seul navire en sillonne l’étendue et l’impression de l’immensité se dégage toute entière. S’opposant à la Marine (1884) voici le Coucher de soleil (1885) dont l’horizon déchiqueté de lueurs saumonées et de nuages violets multiplie le ton et fait songer à quelqu’énorme oiseau de flamme qu’on déplumerait, au bord de l’espace. La mer fut pour l’œil d’Ensor une admirable éducatrice. Rien de plus tenu et de plus frêle que la coloration d’une vague avec ses infinies désinences, avec sa mobilité lumineuse et myriadairement changeante. Quand elle s’épand au soleil sur le sable micassé de la grève, les